Le mot que le propriétaire emploie au téléphone ne correspond presque jamais à l’animal qui est chez lui. Neuf fois sur dix, on nous parle d’un mulot. Neuf fois sur dix, c’est autre chose. Cette confusion n’aurait aucune importance si les trois espèces se comportaient de la même façon, mais ce n’est pas le cas : l’une vit dans les bâtiments toute l’année, l’autre entre l’automne et repart, la troisième ne met presque jamais une patte à l’intérieur. La souris sylvestre pose en plus une question sanitaire que les deux autres ne posent pas, puisqu’elle est le réservoir principal du hantavirus au Canada selon la fiche du Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. Savoir laquelle vous avez change donc le traitement, et parfois le protocole de nettoyage.
Ce que le mot mulot désigne vraiment au Québec
Dans l’usage courant, mulot ne désigne aucune espèce précise. Le terme sert de fourre-tout pour tout petit rongeur vu dehors. Dans les faits, l’animal que les Québécois appellent mulot est le plus souvent le campagnol des champs.
Le campagnol ne ressemble pas à une souris. Il mesure de 90 à 125 millimètres au total, queue comprise, et cette queue est courte, de 35 à 65 millimètres seulement. Le corps est trapu, arrondi, le museau court, et les oreilles disparaissent presque dans le pelage brun foncé à brun grisâtre. Il pèse de 30 à 70 grammes, nettement plus qu’une souris de maison, et sa masse augmente en hiver.
Il vit dans les prés humides, les marais herbacés, les tourbières et les champs en friche. En forêt, il est peu commun. Dans une maison, il est rare, et quand il y entre, c’est par accident, souvent dans un garage ou un cabanon attenant à un terrain en friche. Sa population suit des cycles de trois à quatre ans, avec des densités qui vont de zéro à 220 individus par hectare. Les années de pic, les appels explosent, et ce sont des dégâts de terrain et de plates-bandes, pas des dégâts de bâtiment.
La souris commune est la seule qui vit vraiment dans les maisons
Mus musculus est l’espèce commensale par excellence. Au Québec, elle vit surtout dans les maisons et les fermes, et elle s’adapte aux entrepôts, aux champs agricoles et aux friches.
Elle mesure de 140 à 190 millimètres au total, dont une queue de 75 à 100 millimètres, presque aussi longue que le corps. Elle pèse de 12 à 30 grammes. Le dos est brun ocre, le ventre gris foncé, sans démarcation nette. Les oreilles sont grandes et bien visibles, la queue écailleuse et nue.
Son taux de reproduction explique pourquoi un délai de trois semaines change tout dans un dossier. La gestation dure 19 jours, la portée compte de 4 à 7 jeunes, la maturité sexuelle arrive entre un mois et demi et deux mois, et une femelle peut produire de 8 à 10 portées par an en conditions favorables. Une seule femelle en octobre devient une colonie en février.
C’est l’espèce que visent la quasi-totalité de nos interventions résidentielles, et celle dont traite notre page sur l’extermination de souris. C’est aussi elle qui circule dans les cavités d’un sous-sol fini sans jamais se montrer.
La souris sylvestre, et ce qu’elle transporte
La souris sylvestre, ou souris à pattes blanches selon les espèces du groupe Peromyscus, est celle qu’on voit le moins et dont il faut le plus se méfier.
Elle mesure de 15 à 20,5 centimètres, pèse de 15 à 25 grammes, et sa queue fait de 6,5 à 9,5 centimètres. Le signe qui ne trompe pas : les pattes et le ventre sont d’un blanc franc, nettement séparés du dos brun. Les yeux sont grands et noirs, les oreilles larges. Une fois qu’on l’a vue, on ne la confond plus.
Elle vit dans les boisés et les secteurs forestiers du sud du Québec, principalement au sud du Saint-Laurent, et son aire remonte vers le nord. Elle entre dans les chalets, les remises, les garages et les greniers à l’automne, pas en plein été. Un porte-à-porte à l’orée d’un boisé, sur la Rive-Sud, en reçoit à peu près chaque année.
Le point sanitaire est le suivant. C’est le réservoir principal du hantavirus au Canada, et un porteur important de la bactérie responsable de la maladie de Lyme, un seul individu pouvant héberger jusqu’à 270 tiques. Le Laboratoire national de microbiologie a confirmé 168 cas de hantavirus au pays depuis 1994, dont six au Québec depuis 2019, avec une moyenne d’environ cinq cas par année à l’échelle canadienne. Le taux de létalité du syndrome pulmonaire se situe entre 30 et 38 pour cent.
Ces chiffres disent deux choses. Le risque reste faible en fréquence. Il est sérieux en gravité. La conséquence pratique est simple : on ne balaie jamais à sec des excréments de rongeur dans un chalet ou un grenier. On aère 30 minutes, on porte un masque filtrant, des gants de caoutchouc et des lunettes, et on humidifie à la solution javellisée à une part d’eau de Javel pour neuf parts d’eau avant de ramasser. Notre protocole de décontamination après infestation suit cette séquence.
| Critère | Souris commune | Souris sylvestre | Campagnol (le « mulot ») |
|---|---|---|---|
| Longueur totale | 140 à 190 mm | 150 à 205 mm | 90 à 125 mm |
| Queue | 75 à 100 mm, nue et écailleuse | 65 à 95 mm, bicolore | 35 à 65 mm, courte |
| Poids | 12 à 30 g | 15 à 25 g | 30 à 70 g |
| Ventre | Gris foncé, sans contraste | Blanc franc, nettement séparé | Brun grisâtre |
| Oreilles | Grandes, bien dégagées | Larges, très visibles | Petites, noyées dans le poil |
| Habitat principal | Maisons, fermes, entrepôts | Boisés, chalets, remises | Champs, friches, prés humides |
| Reproduction | 8 à 10 portées par an | Saisonnière | Avril à octobre |
| Enjeu sanitaire | Salubrité, allergènes | Hantavirus, maladie de Lyme | Dégâts de terrain |
Reconnaître l’espèce sans avoir à l’attraper
Vous n’avez pas besoin de tenir l’animal pour trancher. Trois indices suffisent dans la plupart des cas.
Le lieu, d’abord. Une activité dans une cuisine, des armoires, un garde-manger ou une cavité murale en ville désigne la souris commune, presque sans exception. Une activité dans un chalet, une remise de bois ou un grenier en bordure de boisé oriente vers la souris sylvestre. Des galeries en surface dans la pelouse, des tunnels sous la neige visibles au printemps, des écorces rongées à la base des arbustes : c’est le campagnol, et le dossier se règle dehors.
La saison, ensuite. Le campagnol se signale au printemps, quand la fonte révèle ses galeries. La souris sylvestre arrive avec les premiers froids d’octobre. La souris commune, elle, n’a pas de saison : elle est là toute l’année, avec une pointe d’activité à l’automne.
Les traces, enfin. Les excréments de souris commune mesurent de 4 à 7 millimètres, pointus aux deux extrémités, et se trouvent en hauteur, sur des tablettes, dans des tiroirs, le long des plinthes. Ceux du campagnol sont plus courts et plus arrondis, au sol, près des galeries. Le guide de différenciation entre rat, souris et mulot détaille la comparaison morphologique, et nos interventions sur le mulot traitent surtout des cas de terrain.
Ma règle de terrain tient en une phrase : un rongeur trouvé dans une armoire n’est jamais un mulot, et un rongeur trouvé dans une plate-bande n’est presque jamais une souris de maison.
Questions fréquentes
Un piège à souris fonctionne-t-il sur un campagnol ?
Mal. Le campagnol est plus gros et plus lourd, et les dispositifs calibrés pour Mus musculus le blessent sans le capturer. Le traitement de terrain repose sur autre chose.
La souris sylvestre est-elle dangereuse à manipuler ?
Ne la manipulez pas. Ni elle, ni ses excréments à sec. Le risque ne vient pas d’une morsure mais de l’inhalation de poussières contaminées.
Peut-on avoir les deux espèces en même temps ?
Oui, dans les bâtiments en bordure de boisé. C’est fréquent dans les secteurs de la Rive-Sud qui se sont développés en lisière de terres agricoles depuis 2015.
Pourquoi mon exterminateur veut-il savoir où j’ai vu l’animal ?
Parce que le lieu détermine l’espèce, et l’espèce détermine à la fois le dispositif, le point d’entrée à chercher et le protocole de nettoyage. Une réponse précise fait gagner une visite.
Les campagnols peuvent-ils endommager la maison ?
Indirectement. Ils rongent les racines et l’écorce, creusent sous les dalles de patio et les bordures, et leurs galeries facilitent l’affaissement. Le bâtiment lui-même les intéresse peu.
Une souris trouvée morte doit-elle être analysée ?
Non, sauf avis d’un médecin dans un contexte de symptômes respiratoires après exposition. L’identification visuelle suffit pour décider du protocole de nettoyage, et c’est ce protocole qui protège, pas le diagnostic de l’animal.
Le chalet fermé tout l’hiver, quel est le bon réflexe au printemps ?
Ouvrir portes et fenêtres avant d’entrer, laisser aérer une bonne demi-heure, et ne rien balayer ni passer à l’aspirateur avant d’avoir humidifié les surfaces. C’est exactement la situation à risque pour laquelle la consigne existe.
Nommer correctement l’animal n’est pas un détail de vocabulaire. C’est ce qui décide du dispositif, de l’endroit où chercher l’entrée et du niveau de protection au moment de nettoyer. Nos équipes font cette identification à chaque visite sur la Rive-Sud, de Boucherville à Saint-Bruno, et le calendrier des nuisibles indique à quel moment chaque espèce se manifeste.