Une crotte de souris ne pèse presque rien, et pourtant elle tranche à elle seule la question que tout le monde se pose en découvrant des grains noirs au fond d’un tiroir. Est-ce que la bête habite ici, ou est-ce qu’elle passait? La réponse tient dans une donnée de comportement rarement citée : la souris domestique s’éloigne rarement de plus de neuf mètres de son nid. Des déjections dans une armoire de cuisine situent donc le nid dans cette cuisine, ou juste derrière la cloison. Par ailleurs, la surveillance du syndrome pulmonaire à hantavirus au Canada montre que l’espèce responsable des cas graves n’est pas celle qui s’installe dans les logements urbains. Cela change la lecture du risque, et la façon de réagir.
Reconnaître une crotte de souris sans se tromper d’espèce
La déjection de souris domestique a la taille et la forme d’un grain de riz, effilée aux deux extrémités, noire et luisante quand elle est fraîche, grise et poussiéreuse après quelques jours. C’est ce vieillissement qui donne l’information la plus utile. Une crotte qui s’écrase sous la pression d’un ongle date de moins de deux jours. Une crotte qui se brise en poudre a plusieurs semaines et ne prouve rien sur une présence actuelle.
Le volume, lui, surprend toujours les propriétaires. Une souris adulte consomme jusqu’à 20 % de son poids chaque jour, répartis en près de 200 petits repas par nuit, selon la fiche technique sur la souris domestique de l’Université de Californie, révisée en juillet 2025. Ce grignotage continu produit des dizaines de déjections quotidiennes. Dix souris dans une maison, et vous ramassez plusieurs centaines de grains par jour.
La confusion la plus fréquente ne se fait pas avec le rat mais avec le mulot, surtout à l’automne. Les deux laissent des déjections de calibre voisin, et les deux entrent par les mêmes fissures. La distinction se joue sur l’emplacement et sur la saison plutôt que sur l’aspect, ce qui explique pourquoi il vaut la peine de savoir distinguer un rat d’une souris ou d’un mulot avant de choisir un appât. Un appât calibré pour la souris sur une population de surmulots ne donnera rien.
Ce que la position des crottes révèle sur l’emplacement du nid
Voilà le point que presque personne ne mentionne. La souris domestique se déplace peu : rarement au-delà de neuf mètres de son nid et de sa source de nourriture. Le surmulot, lui, patrouille chaque nuit sur 30 à 150 mètres, et le rat noir dépasse régulièrement 90 mètres. Deux espèces, deux lectures opposées de la même trace.
Conséquence pratique : des crottes de souris constituent une carte. Elles délimitent un périmètre de recherche serré, dans lequel le nid se trouve forcément. Des crottes de rat, au contraire, n’indiquent qu’un couloir de passage, et le terrier peut être chez le voisin. Ma règle sur le terrain tient en une phrase : pour la souris, on cherche le nid dans la pièce; pour le rat, on cherche le point d’entrée du bâtiment.
| Espèce | Aspect de la déjection | Repère de taille | Où on la trouve | Rayon de recherche du nid |
|---|---|---|---|---|
| Souris domestique | Effilée aux deux bouts, noire et luisante si fraîche | Grain de riz | Tiroirs, derrière les électroménagers, sous les éviers | Environ 9 m |
| Souris sylvestre | Semblable à la souris domestique | Grain de riz | Chalets, garages, remises en bordure de boisé, surtout à l’automne | Environ 9 m |
| Mulot et campagnol | Courte, un peu plus trapue | Grain de riz court | Sous-sols, vides sanitaires, abords de fondation | Quelques mètres |
| Surmulot | Épaisse, extrémités émoussées | Noyau d’olive | Drains, vides sanitaires, périmètre humide du bâtiment | 30 à 150 m |
| Rat noir | Allongée, extrémités plus pointues | Noyau d’olive effilé | Combles, charpente, haut des murs | Jusqu’à 90 m et plus |
| Chauve-souris | Friable, pailletée de débris d’insectes | Grain de riz cassant | Sous une ouverture de toit, en tas réguliers | Colonie au-dessus du tas |
| Écureuil | Arrondie, sans pointe | Petit pois | Grenier, isolant soufflé, entrées de toit | Nid visible dans le grenier |
Le dernier cas mérite un mot. Un tas régulier de déjections friables sous une poutre n’a rien d’une infestation de rongeurs : c’est du guano, il s’accumule verticalement sous un point de repos, et le traitement n’a rien à voir.
L’hantavirus, le risque dont on parle beaucoup trop au Québec
Contrairement à ce que répètent la plupart des pages sur le sujet, l’hantavirus n’est pas la préoccupation première d’un ménage montréalais qui trouve des déjections dans son garde-manger. Le virus Sin Nombre, responsable du syndrome pulmonaire à hantavirus au Canada, a pour réservoir principal la souris sylvestre, Peromyscus maniculatus, une espèce de boisé et de champ. Au 31 décembre 2014, le pays comptait 109 cas confirmés en laboratoire, dont 60 en Alberta à elle seule. Le Québec en déclarait un, le seul de tout l’est du Canada.
L’espèce qui niche dans les murs d’un logement de la Rive-Sud est la souris domestique. Les risques réels qui la concernent sont plus prosaïques et plus fréquents : contamination bactérienne des surfaces et des aliments par l’urine et les déjections, allergènes dans la poussière, et dégâts aux câbles. Agiter l’hantavirus devant un client, c’est se tromper de combat.
Cela ne rend pas les déjections anodines. Santé Canada maintient une consigne simple dans ses recommandations sur les rats et les souris en milieu résidentiel : on ne balaie ni n’aspire jamais des déjections sèches, parce que la manipulation à sec met en suspension une poussière qu’on respire ensuite. La prudence vaut pour toutes les espèces, quel que soit l’agent en cause.
Nettoyer sans disperser : le protocole des autorités sanitaires
La méthode recommandée par les consignes de nettoyage après une présence de rongeurs est précise, et elle s’écarte beaucoup du réflexe habituel. On commence par ouvrir portes et fenêtres pendant 30 minutes, en quittant la pièce pendant ce temps. On enfile des gants de caoutchouc. On sature ensuite les déjections d’une solution d’eau de Javel diluée à une part pour neuf parts d’eau, préparée le jour même, et on laisse agir cinq minutes avant de ramasser au papier absorbant.
Le papier part dans un sac fermé, dans une poubelle à couvercle vidée régulièrement. Les surfaces dures sont ensuite lavées à la même solution. Les carcasses et les matériaux de nidification se traitent de la même façon, puis s’emballent dans deux sacs noués l’un dans l’autre. Un isolant souillé d’urine ne se nettoie pas : il s’ensache et se remplace, ce qui est souvent le vrai poste de dépense quand l’infestation a duré, et la raison pour laquelle il faut protéger l’isolant du grenier avant d’en arriver là.
Une infestation lourde change le niveau de protection : combinaison, lunettes et demi-masque à filtre HEPA, pas un simple masque de poussière. À ce stade, la question n’est plus le ménage mais la décontamination d’une maison infestée, avec les règles de sécurité qui vont avec.
Boucher les accès : six millimètres suffisent
Nettoyer sans sceller ne règle rien, et le chiffre explique pourquoi. Une souris se glisse sous un espace de six millimètres de hauteur et traverse une ouverture de neuf millimètres et demi de large. Santé Canada donne le même repère sous une forme plus parlante : une fente de la taille d’une pièce de dix cents suffit à une souris, une pièce de vingt-cinq cents à un rat.
Tout jeu supérieur à six millimètres doit donc être traité. Coupe-froid métallique au bas des portes, fissures de fondation rebouchées, laine d’acier tassée autour des tuyaux avant le scellant, grillage métallique fin sur les sorties de sécheuse, les évents de toit et les soffites. À l’extérieur, le bois de chauffage se range à 30 centimètres du sol et loin du mur, et les herbes hautes se coupent le long des fondations.
Le piégeage complète l’exclusion, et il se fait plus densément qu’on ne le croit : un piège par mètre le long des murs, ou cinq à dix pièges par trou visible, appâtés trois à quatre jours sans être armés pour que les bêtes s’y habituent, puis vérifiés tous les jours. Les appareils à ultrasons, eux, ne tiennent pas la distance : les rongeurs s’y adaptent. Quand le périmètre est large ou que l’isolant est atteint, l’extermination des souris par une équipe certifiée reste la seule façon de traiter l’accès et la population en même temps.
Questions fréquentes
À quoi ressemble une crotte de souris fraîche?
Elle est noire, luisante, souple au toucher et de la taille d’un grain de riz, effilée aux deux extrémités. Après deux ou trois jours, elle devient grise et cassante.
Combien de crottes une souris produit-elle par jour?
Plusieurs dizaines. L’animal mange en près de 200 petits repas par nuit, ce qui explique le nombre de grains retrouvés sur un même rayonnage en une seule nuit.
Une crotte de souris est-elle dangereuse à toucher?
Le risque vient surtout de la poussière soulevée, pas du contact direct avec des gants. On humidifie avant de ramasser, on ne balaie pas, et on se lave les mains ensuite.
Comment différencier une crotte de souris d’une crotte de mulot?
Elles se ressemblent beaucoup. L’indice utile est le contexte : le mulot arrive surtout à l’automne et reste près des fondations et des sous-sols, la souris domestique s’installe à l’année dans les zones chaudes et alimentaires.
Les crottes indiquent-elles où se cache le nid?
Oui, pour la souris. Elle vit rarement à plus de neuf mètres de son nid, donc le périmètre de recherche est court. Pour un rat, la trace n’indique qu’un passage.
Faut-il nettoyer avant ou après le traitement?
Après. Nettoyer d’abord efface les indices qui servent à localiser les zones actives et à placer les pièges au bon endroit.